« Quelle serait votre création si dans un mois vous n’étiez plus ? » On est en 2012 sur un salon à Metz, et la question d’un marchand d’art restée encore sans réponse me bouleverse. C’est le sol qui se dérobe. Je termine ce salon dans le coton, déjà ailleurs. Plus de dix heures de trajet retour qui laissent toutes ces parties de moi s’entrechoquer. Sais je au moins pourquoi je peins ce que je peins, pourquoi ces choix ? Qu’ai je vraiment envie de partager, de dire, de vivre…Il y tant, il y a trop ! Je suis l’antithèse de la synthèse, la galère commence…En apparence seulement car il s’agit d’un voyage vers le cœur de ma conscience, je pars à ma rencontre. Destination qui m’effraie au vue de ma spécialité à partir dans plusieurs directions à la fois ! J‘ai largement sous estimé la durée du voyage, ce sera des semaines, des mois, des années, je soupçonne qu’il n’y aura pas de fin. J’y suis et je sens qu’il s’agit du cœur de mon réacteur principal : le sens de ma vie.

J’ai le sentiment de ramer à l’envers et je me sens incapable de poser le moindre trait, je suis vide et je déborde. Je passe de la peine à l’extase en un temps record, c’est bon et usant à la fois.
Si l’émotion était l’essentiel et la source de mon travail, son analyse devient ma priorité. Pourquoi ai je tant de plaisir à me nourrir des lumières et des courbes que m’offre le corps, pour quelles raisons le vivant me fascine à ce point ? Pourquoi je suis si perméable à tout ce qui m’entoure ?

Je réalise que dans l’acte de peindre c’est ma façon d’observer le monde, d’aimer, d’agir, de craindre, d’espérer, de désirer qui s’expriment. C’est tout mon environnement, toutes ces micros étapes de façonnement de l’être qui accélèrent ou freinent le processus de création.

Alors que je voulais faire mille choses et projets, que choisir est un arrachement, je constate l’évidence : tout est devant moi, offert, je n’ai plus qu’à prendre, à saisir. Il ne s’agit plus de choisir mais de réunir, de rassembler et d’accepter ce qui « sort », de se faire confiance, de lâcher prise, de se laisser surprendre. La création et la vie personnelle dialoguent et se transforment, avancent enfin ensemble.

Ainsi mon travail sur le corps, l’humain, l’animal, le vivant, mon attirance pour le Japon et l’Afrique, je prends tout. Mon TOUT fait de différences, de paradoxes et de complémentarités avec l’envie de n’en faire qu’UN. Ce besoin d’unifier s’étend, devient contagieux, je me sens poussière d’étoiles, partie d’un tout. La vie sous toutes ses formes, la somme des singularités individuelles, des cultures, la nature, la planète, l’Univers, ces mêmes atomes à l’origine de ce tout, qui ne meurent jamais mais sont recyclés, cet extraordinaire mystère nourrissent ma quête et m’offrent un sentiment d’appartenance jusqu’alors inconnu.

Je crois aux vraies préoccupations de l’être humain, ses aspirations profondes et premières lorsque les artifices tombent, lorsque les prisons intellectuelles s’ouvrent et je pense qu’elles se rejoignent à l’infini comme le font le blanc et le noir en perspective. Il y a là aussi une envie d’agir pour ce que je crois. La forme, elle, sera évolutive, comme les supports, les techniques, je ne me sens pas appartenir à une catégorie d’artistes plus qu’une autre, je n’aime pas les boîtes mais les horizons car je les espère infinis. Les premiers pigments sont posés, les mélanges s’opèrent… ne faire plus qu’un.

« Personne ne sait comment sont exactement les choses quand on ne les regarde pas » Hubert Reeves


Quelques dates

1972
Naissance à Tulle en Corrèze
1977 – 1995
Le crayon, le pinceau ne sont jamais très loin et m’accompagnent. Suite à une exposition au lycée mes enseignants m’incitent fortement à opter pour une orientation artistique. Encouragements que je ne suis pas, préférant à l’époque la voie juridique que je complète avec une école supérieure de commerce. Je mets progressivement un voile sur ma créativité, ne réalisant pas qu’elle est mon oxygène.
2003 – 2009
Le voile se lève, je décide de suivre plusieurs enseignements sous la forme de stages. Le premier sera avec Ewa Karpinska dont le talent me subjugue et je réalise combien la route sera longue…Je décroche pendant deux ans. Puis je rencontre Ben Ami Koller dont la générosité hors norme, la qualité dans la transmission et l’humour sans égal poussent tous ses élèves au dépassement de soi. Je découvre ainsi le travail sur le corps. Son influence sera déterminante. Son départ prématuré déclenche une profonde tristesse et la décision d’en faire ma profession. Le vide est grand. Nous sommes de nombreux artistes qu’il laisse orphelins.


J’ai faim de découvrir d’autres techniques et complète mes découvertes grâce aux enseignements d’autres artistes dont Florent Maussion avec qui je travaillerai sur plusieurs sessions, y compris au Japon.


Je suis parallèlement une formation au Beaux Arts de Bordeaux sur 4 ans. Cette période sera très riche et dense puisque je deviens également maman en 2004 puis 2008.


2008 – 2015
Je présente mes travaux pour la première fois en 2008 jusqu’en 2012. Je voyage en Afrique puis fréquemment au Japon . Ces cultures opposées me séduisent et me rapprochent encore du vivant.



Puis la nécessité de redéfinir le sens de mes recherches s’impose. Je prends simultanément un autre chemin, celui de la terre et de l’argile. Je veux pouvoir lire en trois dimensions l’ébauche de ce qui sera sur la toile. Le thème de l’exposition « UN » se dessine.


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